Au bois lacté

Mise en scène

La mémoire est un des thèmes qui nous a particulièrement touchées dans le texte de Dylan Thomas. C'est à travers la figure du conteur que s'effectue auprès du public la transmission de l'histoire de ce village. Il demeure présent tout au long de la représentation : garant de la relation intime aux spectateurs, il oriente le regard et l'écoute du public. Toutefois, ce personnage, concerné par le village, ne se tient jamais à distance et demeure en empathie avec ses habitants.

Aux côtés du conteur, les sept autres comédiens interprètent chacun plusieurs personnages. La diversité de ces figures a suscité l'exploration de plusieurs facettes du jeu d'acteur allant de l'expression clownesque à un jeu plus intérieur. Nous avons choisi de ne pas soumettre les failles et les fragilités de certains personnages au commentaire psychologique, dans le souci de laisser une place à l'interprétation personnelle du spectateur. Les différents registres que recèle le texte nous ont inspiré l'envie de croiser plusieurs langages scéniques : narration, jeu dramatique, musique, chant et chorégraphie. Au gré d'une alternance de chœurs et de solitudes, le spectacle tout entier peut être perçu comme un grand ballet, rythmique et musical, dont les figures se croisent, se chassent et se frôlent.

Tout comme l'auteur invite le spectateur à pénétrer doucement dans la fiction en lui confiant la clef des songes nocturnes des personnages, nous avons fait le choix de ne dévoiler les personnages et leur espace que très progressivement. Un vélum tendu au cadre de scène, laisse simplement deviner, au début du spectacle, des silhouettes morcelées à travers des jeux d'ombre et de transparence. A mesure que l'aube approche, ce voile se lève peu à peu pour devenir un ciel et laisser apparaître véritablement l'espace plus tangible du village. Le dispositif mobile, ainsi révélé, offre des possibilités d'apparitions et de disparitions en jouant sur des effets de zoom et de perspectives. Il permet également d'alterner espaces très ouverts et espaces confinés.

L'éclairage du spectacle alterne lumière solaire soutenant l'atmosphère printanière du village et lumières fantasmatiques. De même, la création sonore soutient le principe d'accompagnement du public au gré de ce parcours qui oscille entre authenticité et onirisme. Il s'agit d'envelopper le spectateur, d'éveiller ses sens et son imaginaire, de susciter une réception physique du spectacle.