Au bois lacté

Regard dramaturgique

La pièce décrit une journée de printemps et débute la nuit alors que les personnages sont endormis. Cette journée est comme enroulée sur elle-même, prise dans un cycle sans fin qui ne permet aucune échappée vers l'avenir, aucun mûrissement, aucun destin… Jamais l'on ne sent la fuite du temps en avant mais plutôt le refuge entêté au creux du passé et de l'enfance. Le temps est suspendu et les personnages semblent vivre une journée d'éternité, à jamais coupée du monde extérieur. Le village est une bulle flottant entre l'aube et le crépuscule, entre la vie et la mort.

Le printemps, qui semble contenir la promesse d'un renouveau, exacerbe et libère la sensualité et les pulsions charnelles des personnages qui s'animent avec frénésie au lever du jour. Pourtant, mystérieusement empêchés de s'inventer un destin, ils se laissent doucement glisser vers la terre secrète de leurs songes où même la rencontre avec les morts devient possible.

La langue de l'auteur est imagée, inventive et même quand il explore la noirceur ou le désespoir des êtres, il ne se dépare jamais d'une certaine drôlerie.

On s'étonne et l'on rit des comportements décalés de certains personnages et de leur propension à se projeter dans des fantasmes fous et inavouables. Ces silhouettes très marquées qui nous frappent et nous amusent au premier abord côtoient des figures qui portent une dimension sensible et énigmatique, présentant des failles dans lesquelles on s'engouffre, une mémoire qui leur donne toute leur profondeur.

A travers cette galerie de portraits, Dylan Thomas sonde la complexité de l'âme humaine sans jamais la condamner. On retrouve ce regard compassionnel dans la figure du conteur : celui-ci raconte l'histoire de Llareggub en portant sur les habitants du village un regard tendre et bienveillant. Il n'est pas au-dessus d'eux mais avec eux. Ainsi, narration et situations dramatiques deviennent intimement liées.